Enfants traumatisés: l’argent dort au gouvernement

PUBLIÉ LE 17 DÉCEMBRE 2015 – par ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER sur TFO.org

TORONTO – Des enfants francophones de la grande région de Toronto qui ont vu leur mère être victime de violence conjugale et des pires sévices ne reçoivent actuellement pas l’aide psychologique d’urgence nécessaire. L’argent qui leur est destiné dort dans les coffres de l’État depuis 2012, a appris #ONfr.

«Les enfants francophones témoins de violence contre leur mère n’ont tout simplement pas d’aide. C’est triste, car l’argent existe. Depuis 2012, le gouvernement fait des études sans débloquer les fonds», dénonce Nathalie Dufour Séguin, présidente de la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto.

Son organisme serait un environnement parfait pour offrir cette aide de première ligne, mais le ministère des Services sociaux et communautaires fait la sourde d’oreille, selon Mme Dufour Séguin. «Les femmes qui viennent à la Maison d’hébergement arrivent bien souvent avec leurs enfants. En fait, les enfants composent 60% de notre clientèle. Seulement l’an dernier, on aurait pu aider de 25 à 30 enfants. Mais le ministère veut seulement nous donner de l’argent pour les femmes», rapporte-t-elle.

Ne pas venir en aide aux enfants, c’est aussi nuire aux femmes, fait valoir Nathalie Dufour Séguin. «On ne peut pas dissocier femmes et enfants. Bien souvent les femmes vont retourner chez l’agresseur à cause des enfants. Pour la mère, le bonheur de l’enfant est souvent sa priorité. Et elle le voit traverser une période difficile, alors qu’en quittant son logis familial pour venir en maison d’hébergement, l’enfant perd souvent ses amis, sa maison et son père», explique-t-elle.

Ces enfants ont besoin d’aide psychologique pour ne pas rester traumatisés lorsqu’ils deviendront adultes. «L’enfant a vécu des moments traumatiques et il faut l’aider pour permettre son bon développement. C’est un moment critique», ajoute la présidente de la Maison d’hébergement.

Enfant témoin, un programme d’aide aux enfants témoins de violence a été offert dans la Ville reine pendant près d’une décennie par Oasis Centre des femmes (2002-2005), puis par le Centre Francophone (2005-2012). La somme de 53 000$ réservée annuellement au programme dort dans les coffres de l’État depuis trois ans, même si les besoins sont plus criants que jamais.

Le programme avait auparavant une certaine difficulté à identifier les enfants qui pouvaient avoir besoin d’aide. Avec l’ouverture de la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto, en 2013, ces enfants sont plus que jamais accessibles et leurs besoins sont mieux connus, dit Nathalie Dufour Séguin, qui est aussi employée du Groupe Média TFO.

Avec un traducteur

Le ministère des Services sociaux et communautaires jure que toute l’aide nécessaire est disponible pour les enfants francophones témoins de violence.

Lors d’un bref entretien téléphonique, une porte-parole du Ministère a cependant admis que les programmes en place ne sont offerts qu’en anglais et par des organismes anglophones. Si un enfant francophone «devait se présenter à l’un de ces organismes unilingues anglophones, on s’arrangerait pour lui trouver un traducteur», a-t-elle laissé tomber.

Le nœud du problème est justement là, tranche la présidente de la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto.

«Si on met ce programme d’aide dans un organisme anglophone, ça va se perdre et devenir un programme anglophone. Il y a toujours un phénomène d’assimilation. Nous avons besoin de nos propres organismes. Pour aider les francophones, il faut connaître la communauté et ses réalités. À la Maison d’hébergement, on est outillé, nous avons l’expertise et on peut faire une différence», dit Nathalie Dufour Séguin. Elle soutient que le ministère préférerait que la Maison d’hébergement propose un partenariat avec des organismes anglophones. Une proposition qui ne serait pas dans l’intérêt des francophones, selon Mme Dufour Séguin.

Elle dénonce aussi le fait que des études soient faites d’année en année sur ce sujet et qu’on repousse continuellement une décision dans ce dossier. «Et les études menées sont faites dans le milieu anglophone. Le gouvernement ne prend aucunement en compte les particularités francophones, notamment le grand territoire à couvrir. Leurs conclusions et statistiques ne tiennent pas la route», dit-elle.

Le ministère des Services sociaux et communautaires fait valoir que la Maison d’hébergement pour femmes francophones de Toronto obtient une somme de 800 000$ chaque année pour couvrir ses coûts opérationnels, soit ses activités avec sa clientèle cible, les femmes francophones.

Le ministère a indiqué à #ONfr qu’il comptait rendre de nouveau accessible à un organisme francophone les sommes pour le programme Enfant témoin d’ici le printemps 2016.

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